Culture(s) Bio n°82 : Sur les pas de Giono #2

La bio en Haute-Provence 

 

Étape 2. La Brillanne, entre Manosque et  Sisteron

 

La suite de l’article sur la bio dans les Alpes-de-Haute-Provence paru dans CULTURE(S)BIO n° 82 (juillet-août 2015)*, rubrique Terroir et Territoire, nous mène sur l’exploitation de Helga et Philippe Girard, maraîchers bio. Philippe préside Solebio, groupement agricole sociétaire de Biocoop.

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Paisible. Chemin peu fréquenté, belle vue sur la vallée de la Durance avec, en premier plan, les cultures de légumes, d’oliviers, de céréales, de melons. En fond de décor, des reliefs forment une ligne bleu sombre ; plus près, un village s’agrippe avec charme sur le tranchant d’une pente. Nous sommes au cœur de la Provence de Giono et de l’exploitation de Helga et Philippe Girard, où ils cultivent 12 ha de légumes plus 4 500 m² sous serres froides. Ces maraîchers connaissent et suivent activement la bio. Du magasin associatif Biocoop Jojoba de Forcalquier dont ils sont adhérents à la présidence, pour Philippe, du groupement agricole Solebio, en passant par le groupement départemental Agribio04 qu’il a également présidé plusieurs années. Il décrit l’agriculture du département très diversifiée comme les profils de ses acteurs : « Ici on peut avoir 20 °C d’amplitude thermique sur une même journée. » Helga précise qu’« autour du plateau de Brillanne, les terres sont riches des apports éoliens. C’est un endroit unique. Il y en a eu partout mais, ici, ils sont restés et ne sont pas redescendus à la mer ! ». Elle y voit un lien avec le goût des produits.

Les Girard cultivent une trentaine de légumes différents et produisent une partie de leurs  plants. « Pour planter au bon moment, limiter les stress et assurer un bon démarrage à la plante », explique Helga. Le maraîchage, c’est physique, surtout si on n’a pas pu s’équiper de machines. « Les jeunes qui s’installent doivent le savoir. C’est une astreinte quotidienne parce qu’on n’a pas de produit multi-solution. Honnêtement ? C’est plus facile avec de la chimie ! », lâche-t-elle. Outre le puceron ou le mildiou, la difficulté réside dans la maîtrise de l’azote, et le gros surcoût de la bio revient au désherbage, y compris dans les serres où l’on travaille à la main. Les Girard en ont 4 500 m2, non chauffés. Ils emploient en moyenne 10 équivalents temps plein sur l’année, surtout pour la récolte et le colisage. Ils font aussi de l’accueil paysan ; leur maison, ainsi que le gîte touristique attenant, est une construction bioclimatique. Les hangars abritant les chambres froides sont équipés de panneaux solaires. « Nous utilisons l’eau de la Durance pour arroser – comment tenir ici sans apport d’eau ! Nous sommes plus économes qu’en conventionnel où les apports d’engrais solubles nécessitent plus d’eau. »  

Depuis 3 ou 4 ans, Philippe voit les conversions se tasser : « Les plus proches des systèmes bio ont déjà franchi le pas. À présent, il va falloir convaincre le noyau dur des conventionnels. » Il regrette que la politique ne soit pas assez claire. Un agriculteur qui travaille sur des cycles lents a besoin de visibilité pour s’engager. D’autant que

« techniquement, beaucoup ont peur de ne pas réussir. Comme si les paysans avaient perdu confiance en eux et dans la nature ! ». Il observe aussi que le local gagne du terrain sur le bio. Et ça l’énerve : ne serait-ce pas là un alibi qui permettrait de ne rien changer ? « Local, c’est bien, mais il faut toujours s’interroger sur la qualité, le système agricole que recouvre ce local. » Et de citer la pomme redlove cultivée à Manosque, qui a ouvert un débat sur les traitements phytosanitaires suite à une émission d’Envoyé Spécial en mars.

Si on demande à Philippe et Helga une qualité  ou un conseil pour s’installer en bio ? Le premier énumère : « Ne pas avoir d’idée préconçues, ne pas mythifier la bio, être observateur… » La seconde pense « formations, nouvelles techniques » et insiste : « Aller vers les autres agriculteurs, qu’ils soient bio ou pas. » Aujourd’hui, les uns et les autres semblent de plus en plus décidés à se rencontrer.

 

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* Offert par votre magasin Biocoop, dans la mesure des stocks disponibles, et consultable sur www.biocoop.fr

 

Crédit photo : P.Solana-Biocoop