Une vie rêvée

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Reportage chez Séraphine Briot, productrice d’herbes aromatiques fraîches, de mescluns et fleurs comestibles à Rochefort-sur-Loire (49).

Coriandre, aneth, sarriette, agastache anisée, persil mitsuba, hum…, ça sent drôlement bon à Rochefort-sur-Loire. On s’imagine presque trouver où se nichent toutes ces plantes, que Séraphine cultive avec passion et tendresse, rien qu’en se laissant guider par le bout du nez, l’odorat à l’affût. Il nous amènerait directement au hameau de L’éperonnière où la jeune femme a créé son entreprise, La Serre à fines herbes, il y a deux ans. Le projet était en gestation depuis quelque temps. En 2013, une occasion inespérée s’est présentée : une terre de deux hectares, cultivée sans pesticides depuis longtemps, entourée de prairies, avec une maison qui n’attendait que d’être retapée, et une mare. Séraphine Briot et son compagnon Benoît Marin n’ont pas hésité : c’est là, à 15 km au sud-ouest d’Angers, qu’ils vivront et travailleront, elle ses herbes, lui, quand il aura terminé sa formation, en maraîchage.

Un vrai réseau social

Une maison à leur image, deux serres, 0,5 hectare déjà cultivé, le reste à planter…, il n’en faut pas plus à Séraphine pour être heureuse. Elle a fait le choix d’une vie simple, sans miser sur des gros revenus mais plutôt sur le travail et la débrouille. « On fait du troc, des échanges de compétences, des plantes contre de la correction de texte par exemple, explique-elle. C’est socialement enrichissant. Mon savoir ne vaut pas plus ou moins que celui de l’autre. » Elle apprécie d’ailleurs de rencontrer ici « des gens qui se bougent pour s’aider les uns les autres » et qu’elle retrouve régulièrement chez elle : « C’est un réseau social, il y a tout le temps quelqu’un qui passe. »

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Bio, naturellement

Et il y a la campagne qu’elle a appris à connaître et à aimer pendant les camps de scouts de sa jeunesse. Depuis, elle n’a eu qu’une envie, passer son temps dehors, près de la nature. Après des études en sociologie et un BTSA, option Gestion et protection de la nature, elle s’est toujours arrangée pour ne pas en être trop éloignée, animant notamment des camps pour les enfants.
Au fil des rencontres, l’idée de faire de l’agriculture a germé. « La question du bio ne s’est pas posée, c’était une évidence, assure-t-elle. La nature est un trésor. À nous de l’entretenir. Si tu la bichonnes, elle te donne, elle t’apprend. »

Alors Séraphine apprend. Les herbes aromatiques d’abord, qu’elle propose à des restaurateurs immédiatement séduits par leur qualité, les jeunes pousses pour faire des mescluns et des fleurs comestibles. « Ça me plaît, c’est joli. » Elle recherche régulièrement de nouvelles saveurs tout en proposant des plantes « classiques ». Elle dit « le jardin » quand d’autres diraient « l’exploitation ». C’est vrai qu’ici on sent quelque chose de l’ordre du plaisir.

Le jardin, donc, est divisé en plusieurs minijardins, des « planches permanentes » : quand une culture y est terminée, elle sèche sur place et sert de terreau à la suivante. Elles sont séparées par des cultures vivaces, des petits fruits rouges par exemple.

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Diversifier

Pour livrer toutes les semaines d’avril à décembre trois ou quatre magasins Biocoop, des restaurateurs, des épiceries, le travail ne manque pas. Séraphine, aidée par une stagiaire et Benoît, fait tout, ses semis, ses purins d’ortie et de consoude – les seuls intrants qu’elle s’autorise –,
la cueillette le jeudi, la livraison le vendredi. Pour se faciliter un peu la tâche, son compagnon et
elle ont lancé à l’été un appel à financement participatif pour s’acheter du matériel, dont une plaque chauffante pour sa table à semis et une grelinette, pour travailler le sol sans se casser le dos.
La terre n’est pas facile à travailler, elle est longue à « réessuyer », dit-on par ici pour dire « sécher ». Les vignerons, majoritaires dans ce coin du Val de Loire, s’en accommodent. Séraphine apprend à en tirer le meilleur, motivée aussi par l’idée de la diversification des cultures locales.

Doucement mais sûrement

Mais l’objectif est d’abord la qualité. « Nous préférons aller doucement », affirment Séraphine et Benoît. Des projets se profilent pourtant. Comme réfléchir à des emballages plus écolos pour leurs produits – « Pour l’instant, on n’a pas trouvé mieux que le plastique » – ou plus tard, pourquoi pas,
un club nature pour enfants. « C’est important de donner la possibilité d’être dans la nature.
Pour les jeunes en difficulté par exemple. Tu mets en terre une minuscule graine et tu obtiens
une plante magnifique. C’est valorisant.
 »

Retrouvez Séraphine Briot et d’autres producteurs bio angevins dans le reportage sur la bio dans le Maine-et-Loire paru dans CULTURE(S)BIO n° 89 (offert par votre magasin Biocoop, dans la limite des stocks disponibles, ou à télécharger sur Biocoop.fr).

© La Serre à fines herbes

© MP Chavel – Biocoop