Les organismes de contrôle de la bio « toujours en alerte »

SAMSUNG CAMERA PICTURES

Interview de Thierry Stoedzel, Directeur général Ecocert France

Qu’est-ce qui met un contrôleur en alerte ?

Nous sommes toujours en alerte, mais nous portons une attention particulière aux tensions sur les marchés, les filières où la demande est plus forte que l’offre ou les difficultés climatiques susceptibles d’engendrer des manques. En cas de faisceaux d’indices forts ou de suspicion, nous multiplions les analyses.

Comment procédez-vous pour les analyses ?

Analyser ne consiste pas à mettre un échantillon de terre dans une machine pour obtenir un résultat ! Il faut avoir une idée de ce que l’on recherche. Nous orientons nos analyses sur des menus de molécules, 400 au total, selon des risques identifiés. Une saison très humide nous incitera à cibler les fongicides. Les 2 000 analyses annuelles que nous réalisons constituent un fonds solide et un historique. Enfin un OC qui lève un problème se doit d’avertir les autres. L’UE veille à cette collaboration.

La croissance bio augmente-t-elle les risques ?

Nous avons déjà connu des croissances telles les vagues de conversions en 2010. Elles n’ont pas entraîné d’augmentation d’infractions. Cela reste le cas d’autant que l’accompagnement sur le terrain est de plus en plus important, les organismes de développement et de structuration sont moins marginaux et de plus en plus pro.

Comment se passe le contrôle dans les pays où les producteurs sont très pauvres ?

Il y a ce qu’on appelle la certification de groupe qui peut être proposée à des coopératives ou des entreprises qui achètent la production de nombreux petits producteurs. C’est souvent le cas avec l’ananas, la mangue ou encore le cacao où il n’est pas rare de se retrouver devant 2 000 producteurs dont chacun ont cinq pieds sur microparcelles…, soit 10 000 cacaotiers ! C’est très différent d’un verger en France mais c’est la situation de dizaine de milliers de producteurs de la planète. Nous demandons à la coopérative ou l’entreprise un plan de contrôle interne, un suivi et des preuves avec des cahiers de cultures détaillés. Ensuite nous passons au crible du contrôle 5 % des producteurs, plus selon la situation. Cette approche ne peut se faire que dans les zones ou les risques de traitement sont très faibles, ou il est difficilement imaginable qu’un petit agriculteur utilise du glyphosate pour cinq cacaoyers par exemple ! Cela permet de s’adapter aux petits producteurs et de minimiser les coûts du contrôle.

Faut-il se méfier de ce qui n’est pas local et des organismes de contrôle (OC) des pays tiers, comme la Chine notamment ?

Je peux comprendre la méfiance des consommateurs devant des produits qui viennent de loin car l’idéal est de consommer des produits bios et locaux. Nous sommes bien d’accord. Par ailleurs, quand Ecocert contrôle un opérateur qui utilise des ingrédients importés, il se base sur les certificats de conformité bio. Ils résultent des contrôles effectués sur place par l’OC local. Certes il peut y avoir des opportunistes… c’est un problème qui ne relève pas de Ecocert mais de l’État qui suit l’OC, la plupart étant comme en Europe sous tutelle publique. Il me semble important de ne pas stigmatiser un pays entier – la Chine par exemple – avec toutes ses productions. Il faut faire preuve de discernement et ne pas oublier les très beaux projets – je pense à des thés magnifiques – et les productions spécifiques à ces pays lointains.

BLOG_CB89_Dossier_Visuel 2

 

Après l’administratif, l’auditrice Marilyne Proust de Ecocert contrôle les cultures, les bâtiments, 
les animaux… à la Ferme de la Bilouterie chez Jean-Bernard Brunet près de Sens (89).
Procédure similaire dans toutes les régions du globe.

BLOG_CB89_Dossier_Visuel 3

 

Factures, chambres froides, étals, distributeurs vrac…, le magasin Biocoop Germinal à Sens passe au crible.

BLOG_CB89_Dossier

Rapport d’audit validé par Marilyne Proust de Ecocert et Cyril Aubry, cogérant du magasin Biocoop : à la clef, le certificat de conformité AB, valable un an.

Retrouvez l’intégralité du dossier sur le contrôle de la bio dans CULTURE(S)BIO n° 89, offert par votre magasin Biocoop, dans la limite des stocks disponibles, ou à télécharger sur Biocoop.fr

© Pascale Solana – Biocoop