Jean-Guy Henckel, fondateur du Réseau Cocagne

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Biocoop et Rue de l’échiquier, éditeur spécialisé dans l’économie sociale et solidaire, et l’écologie, ont noué un partenariat autour du lancement de Tout est bon dans la carotte, premier titre d’une collection de livres de cuisine. Objectif ? Faire connaître cette collection et donner un coup de pouce au Réseau Cocagne, réseau associatif d’insertion professionnelle par le maraîchage bio. À travers son fonds de dotation, Biocoop soutient aussi son programme de formation des futurs encadrants-maraîchers aux spécificités de l’accompagnement de publics en insertion et de la culture bio.

Précisions de Jean-Guy Henckel du Réseau Cocagne.

 

Quel est le profil des plus de 4 000 jardiniers des Jardins de Cocagne ?

Ce sont des personnes éloignées de l’emploi, aux profils très variés. Nous sommes attentifs à maintenir une mixité de publics au sein des jardins tant en âge, sexe qu’en termes de problématiques… Ces personnes bénéficient d’un contrat de travail à durée déterminée d’insertion (CDDI) de un à deux ans et d’un accompagnement socioprofessionnel. Ça leur permet dans un premier temps de se poser, de travailler sur leurs « freins à l’emploi » : logement, santé, mobilité… Le but est de leur permettre de construire un parcours tout en reprenant lien avec une activité professionnelle rémunérée, le maraîchage bio en l’occurrence. Un Jardin de Cocagne est un tremplin vers l’emploi. Après un passage dans un des 130 chantiers, une personne sur deux poursuit par une formation qualifiante ou par un emploi. Le travail dans un jardin est restructurant physiquement et psychologiquement. On y réapprend les codes du travail, on renoue avec une vie sociale et on se reconstruit un projet professionnel, le tout à travers une activité valorisante : le travail de la terre.

 

L’orientation bio du jardin est-elle systématique ?

Oui. Avec la dimension sociale et le circuit court des ventes sous forme de paniers, c’est un des trois premiers points de notre charte. Lorsqu’en 1991, j’ai eu l’idée du premier jardin à côté de Besançon, la bio s’est révélée évidente. La démarche doit respecter les hommes jusqu’au bout, ne pas les rendre malades avec des produits chimiques, et respecter la terre et les consommateurs. À l’époque, le fondateur avait également pressenti le potentiel commercial et économique de la bio qui s’est concrétisé.

 

Comment vous situez-vous par rapport aux Amap* auxquelles vous ressemblez, la dimension sociale en plus ?

Les Amap ont démarré 15 ans après nous, et nous les avons accueillies avec plaisir. Elles sont une saine concurrence et nous poussent à progresser. Nous sommes complémentaires, comme on peut faire ses courses dans un magasin Biocoop et être adhérent d’un Jardin de Cocagne ! En revanche, les entreprises qui se fournissent aux quatre coins du monde et qui redistribuent des paniers de bio internationale depuis Rungis alors qu’elles n’ont de logique ni locale ni sociale, ça nous dérange, mais ça nous incite à innover.

 

Quel est le fonctionnement économique d’un jardin ?

L’État assure une part des salaires sous forme d’aide aux postes (d’insertion). En contrepartie, 30 % minimum du budget du jardin doit provenir de sa production. Voilà pourquoi nous avons besoin de communiquer et d’avoir suffisamment d’adhérents consommateurs pour vendre nos paniers, de préférence sur le lieu de production pour créer du lien social. En complément de la vente de paniers, nous travaillons avec des magasins Biocoop en local.

 

Quelles sont vos perspectives ?

Embaucher et accompagner vers l’emploi un maximum de personnes, augmenter notre offre bio aux consommateurs, et placer notre avenir sous le signe de l’innovation en lançant de nouvelles activités telles que la transformation, la restauration bio, l’approvisionnement de la restauration collective, les fleurs bio…

 

Un exemple récent de jardin innovant ?

Les Jardins de Lucie à Communay, près de Lyon (69), viennent d’ouvrir La Fabrique, une conserverie pour les légumes du chantier d’insertion mais aussi ceux des maraîchers locaux. Ils participent ainsi à la structuration de la filière bio locale, en accord avec notre philosophie, à savoir s’inscrire et développer le tissu professionnel maraîcher local.

 

Au plan national quels sont vos projets pour l’année 2016 ?

Nous projetons de nous installer sur le plateau de Saclay, en région parisienne, sur 18 hectares. Un lieu pour nos formations et expérimentations, nos bureaux et un restaurant bio. Le jardin est déjà en place, les travaux se feront en cours d’année. En parallèle, nous lançons une importante campagne de communication autour de Cocagne Investissement.

 

Cocagne Investissement s’adresse à qui ?

À tout citoyen qui souhaite devenir actionnaire de Cocagne [action solidaire à 100 euros]. Ce placement nous permettra de créer de nouveaux jardins, de développer les jardins existants et leurs innovations sociales et écologiques.

 

Et avec une somme de 5 000 euros, comme celle recueillie grâce au partenariat entre Biocoop et l’éditeur Rue de l’Échiquier, que fait-on ?

Cette somme permet, en complément du soutien du Fonds de dotation Biocoop, de financer notre programme de formation des encadrants-maraîchers. Ce Certificat de spécialisation en alternance, en partenariat avec le CFPPA-UFA de Brie-Comte-Robert (77), permet d’acquérir une double compétence en maraîchage bio et en encadrement d’équipe d’insertion, et d’avoir un emploi en CDI à l’issue de la formation.

 

En parallèle, vous accompagnez aussi les candidats à la création de nouveaux jardins ?

Exactement ! De même qu’en France il y a des candidats à la création de magasins Biocoop, il y en a à celle d’un Jardin de Cocagne. Notre équipe « Essaimage et Développement » en accompagne 10 par an tout au long du montage de leur projet !

 

Pour plus d’infos ou pour trouver un jardin près de chez vous, rendez-vous sur le site du Réseau Cocagne 

 

* Association pour le maintien d’une agriculture paysanne.