Interview de Frédérique Rolland-Weiss, la chevrière rebelle

Frédérique Rolland-Weiss, la chevrière rebelle

Dernière étape du voyage dans les Cévennes gardoises, commencé dans le n° 91 de CULTURE(S)BIO*. Après David Sautet, le jeune maraîcher de Mialet, nous rencontrons à Anduze Frédérique et Dörte Rolland-Weiss, mariées depuis deux ans. Frédérique est éleveuse, après avoir été cuisinière et brocanteuse. Les chèvres, c’est son rêve d’enfant enfin réalisé.

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© MP Chavel – Biocoop

Les Cévennes sont comme un grand village d’irréductibles Gaulois refusant de se soumettre. Frédérique Rolland-Weiss, dite Fred, est de ceux-là. Depuis 16 ans, elle élève des chèvres et transforme leur lait bio en fromages. En pélardon ? Non, la race de ses chèvres n’est pas acceptée par le cahier des charges du fromage cévenol. Fred s’en fiche. Elle maîtrise son savoir-faire, fait de bons fromages frais, des tomes, des faisselles… qu’elle vend sur des marchés ou en magasins Biocoop. Elle n’a pas envie de payer pour avoir une appellation et surtout elle ne veut pas être enfermée dans un règlement supplémentaire. Elle est comme ça, la chevrière d’Anduze. Si elle a choisi ce métier, c’est pour être libre. Libre de conduire son troupeau à sa guise et surtout pas comme font les autres. La traite manuelle ne se fait quasiment plus ? Pour elle, il n’y en a pas d’autre envisageable ! « C’est beaucoup moins violent pour les chèvres que la traite à la machine, et le lait est meilleur, j’en suis sûre, même s’il n’y a pas d’étude là-dessus, se justifie-t-elle. Avec la machine, tu ne sais pas comment il est. Si le premier jet n’est pas bon, avec du sang dedans par exemple, il part quand même avec le reste dans le tank. Alors que nous, on le jette. » Frédérique dit aussi qu’elle aime le contact avec ses chèvres au moment de la traite, dans le silence, qui serait troublé par la machine.

Un endroit magique

Son troupeau est constitué de 21 Anglo-nubiennes, d’affectueuses caprines à longues oreilles. La race, rare en France, est réputée pour son lait riche en protéines. Fred, et son épouse Dörte, reconnaît et nomme chacune d’elles. Toutes nées à la ferme, elles y finiront toutes leur jour ! « C’est le respect que je leur dois », confie Fred. Même à la retraite – la réforme –, comme Toulouse, la chef du troupeau, ou Marie, elles y restent. « Dans un élevage intensif, la réforme est à 5/6 ans. Chez nous, c’est plutôt 10 ans. » Là-bas, les biquettes donnent 6/8 litres de lait par jour, ici 1 à 2 ! En échange, elles sont choyées par les deux femmes qui, tous les jours, toute l’année, vont les garder 4 h durant dans la campagne alentour, arpentant jusqu’à 5 km. Chêne vert ou blanc, arbousier, laurier thym, pommier, cerisier, olivier sauvage, sureau, figuier… « On est dans un endroit magique ! Les chèvres choisissent ce dont elles ont besoin. Il y a toujours de quoi manger. » Surtout que l’Anglo-nubienne ne déteste pas grimper dans les arbres…

Friandise du matin

En supplément, elles ont un peu d’orge pour le calcium et les protéines, et un peu de foin de Crau, d’appellation d’origine contrôlée s’il vous plaît, « une petite friandise le matin ou dans la mangeoire pour les occuper pendant la traite ».

Les chèvres de Fred ont rarement besoin de plus. Si elles se blessent, le miel fait des merveilles sur la plaie. Pour booster leur système immunitaire, c’est une cure de chlorure de magnésium plusieurs fois dans l’année, notamment avant la mise bas. Cela se voit sur leur robe, soyeuse à souhait. S’il faut un médicament plus puissant, il sera homéopathique. « Si on a besoin de sauver une bête, confie Fred, on peut utiliser un antibiotique, mais ce n’est pas arrivé depuis 10 ans ! »

Vacances ?

Malgré tout l’amour qu’elles portent à leur troupeau, et à leurs trois chiens, trois ânes et quelques brebis du Cameroun, Fred et Dörte admettent que le travail est épuisant et contraignant. Avec 16 années de traite manuelle, deux fois par jour et plusieurs mois par an, les mains de Fred sont devenues douloureuses. Entre la fromagerie, les soins, la garde, les réveils toutes les deux heures en période de mises bas, les vacances n’existent pas. Jamais ! Sauf en octobre dernier, où très exceptionnellement les deux femmes se sont royalement offert une demi-journée à la plage ! Trouver un remplaçant pour qu’elles s’arrêtent un peu plus longtemps ? « Il faudrait qu’il pratique la traite manuelle », prévient Fred, reconnaissant qu’elle a du mal à faire confiance.

Alors elles lèvent un peu le pied, réduisent le troupeau qui comptait encore 48 têtes il n’y a pas si longtemps, cherchent des alternatives. Pourquoi ne pas faire de la viande de brebis à la place du fromage de chèvre ? Elles testent.

Reste que Fred s’était promis à l’âge de 7 ans d’avoir des chèvres quand elle serait grande pour « faire que la vie de l’animal soit douce, qu’en échange elle donne son lait pour faire des fromages, que l’on soit indispensables l’une à l’autre… »

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