Interview de David Sautet, un maraîcher à partager

David Sautet, un maraîcher à partager

Suite du voyage dans les Cévennes gardoises, commencé dans le n° 91 de CULTURE(S)BIO*. Nous voici à Mialet, sur les terres d’un jeune maraîcher qui rêve d’une ferme partagée. Chaussez vos bottes : en cas de fortes pluies, le petit pont qui mène chez lui est facilement inondé, voire submergé !

CB91_P39-41_Terroir_David © MP Chavel - Biocoop

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

© MP Chavel – Biocoop

Ça se voit sur son visage barré d’un grand sourire : David est heureux. D’être là, de ce qu’il fait. Là dans les Cévennes, région qui l’a accueilli il y a 14 mois. Là sur cette belle parcelle entourée d’arbres, prêtée par Jacqueline qui a fêté ses 80 printemps, contente de voir que sa terre est à nouveau cultivée, comme du temps de son père qui y faisait du pois chiche, du raisin… « J’ai trouvé cette terre un mois après être arrivé, raconte le jeune maraîcher. Elle m’a été servie sur un plateau… Je me suis dit : c’est mon chemin ! » Le bail est précaire mais ça n’arrête pas David qui fait très vite de ces 1 200 m² un grand et beau jardin avec une trentaine de variétés, « des cultures classiques », à part peut-être la patate douce qu’il a testée cet automne : « Si ça marche, autant la faire en local ! » Le magasin Biocoop Anduze, qui prend une grosse partie de sa production, serait ravi de la proposer à ses clients ! Local, bio…, David Sautet est un écolo convaincu. « Un phénomène », selon Antoine Kollen de Biocoop Anduze, qui, à 33 ans, va loin dans la préservation de l’environnement et la recherche de la qualité.

Durable

« Bio, c’est la base, dit-il. J’essaye d’aller plus loin. » Et il y va ! Mais pas en tracteur : en arrivant à Mialet, il a préféré l’animal pour travailler le sol en douceur avant d’y mettre ses semences, non hybrides tant que possible. Son engrais est principalement du fumier donné par un éleveur de chèvres, et un peu de fiente d’oiseau ou du tourteau de ricin (graines de ricin broyées et dont on a extrait l’huile) qui apporte de l’azote et fait fuir le taupin (un vers). Contre les maladies et les ravageurs, il évite le cuivre et le souffre au profit de purins de plantes ou du petit-lait. Et contre les sangliers et les blaireaux, nombreux, il utilise… une clôture tout autour de la parcelle ! Même lorsqu’il est obligé de faire des compromis, David essaye de rester au plus près de ses exigences : il ne voulait pas utiliser de paillis (paille, broyat ou autres matériaux pour couvrir le sol) en plastique, jusqu’au jour où il y a été contraint pour venir à bout d’une mauvaise herbe tenace. « J’ai choisi une toile tissée, un plastique durable dont je pourrai me resservir. »

Des poules contre la mouche

Dans une autre vie, David a travaillé dans un parc naturel régional et dans une association naturaliste. « L’objectif était de protéger la nature, mais je me suis rendu compte qu’il s’agissait plutôt d’accompagner des projets qui la détruisaient. » Alors il a cherché une activité qui lui permettrait à la fois de sauvegarder l’environnement et de faire du bien à l’homme. Et il a trouvé : « Le maraîchage bio ! Une alimentation saine est le premier des médicaments. » Son master en écologie lui donne quelques bases qu’il complète avec une formation par correspondance, avec des stages pratiques. Ici à Mialet, il projette déjà, si Jacqueline est d’accord, d’occuper les faïsses, ces terrasses soutenues par des murets de pierre et faisant office, autrefois surtout, de terres agricoles. Il envisage aussi d’acquérir à plusieurs un poulailler mobile, d’une part pour que les poules entretiennent le sol mais aussi pour qu’elles s’attaquent à la mouche suzikii qui ravage les petits fruits rouges. « Mais je ne l’utiliserai que si je peux le partager, dit le maraîcher, car c’est pas mal de contraintes. » Peut-être alors qu’il lui faudra attendre d’avoir rejoint la ferme de ses rêves : une ferme partagée qui se composerait de plusieurs ateliers, plusieurs activités.

En attendant, il réunit quelques fois dans l’année des producteurs bio et des artisans locaux, le temps d’un marché en musique sous les châtaigniers qui bordent sa parcelle.

Dernière étape en Cévennes, chez Frédérique Rolland-Weiss, la chevrière rebelle d’Anduze

* Offert par votre magasin Biocoop, dans la limite des stocks disponibles, ou à télécharger sur Biocoop.fr