Il est libre Pierre…

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Pierre Kung, maraîcher à Bazens, près de Port-Sainte-Marie (47), depuis plus de 30 ans au service de l’agriculture et du commerce bio.

Vallée de La Masse, petit affluent de la Garonne. Beaucoup disent que c’est là, dans le creux des coteaux, pas très loin à vol d’oiseau de la D813, que tout a commencé. Entendez la bio dans l’Agenais et dans le Lot-et-Garonne, tant elle y a abrité d’idées alternatives, de courageux – ou de fous – que le travail de la terre n’effraie pas. Pierre Kung est de la bande avec plus de 30 ans consacrés à l’agriculture et la distribution bio.

À l’entrée du chemin qui mène à sa maison, un panneau semblable à une plaque d’immatriculation est planté. Sauf qu’il indique en lettres capitales CAPVATH. « En occitan, ça signifie “vers ailleurs”, “au-delà” », traduit le maître du lieu qui m’attend sur le pas de la porte, le sourire mutin sous son bonnet péruvien. Le ton de la rencontre est donné. Poétique, bio, philosophique, bref à l’image du personnage connu dans la région pour ses engagements écologiques parfois spectaculaires. Comme en 1996 où on le retrouve dans les colonnes de Libé… perché au sommet d’une des tours de réfrigération de Golfech, s’opposant à la centrale nucléaire. Ou en 2011 parce qu’il fait une campagne d’affichage à Agen pour dénoncer les excès de la publicité, résolu à ne plus servir… et voilà qu’il est libre Pierre (pour paraphraser La Boétie*). Il essaie tout du moins.

Pour une terre amoureuse

Au milieu des années 70, le voici qui arrive de l’est de la France avec son Bac gréco-latin et ses rêves de « faire un autre monde, sans polluer la terre ». Un stage bio et une installation sur 5 hectares plus tard, Pierre construit sa maison autonome en énergie – une curiosité à l’époque –, bine le légume et le petit fruit avec femme puis enfants sur « cette terre lourde mais riche, qu’il faut savoir travailler comme il faut savoir être avec les hommes au caractère pas facile » pour qu’ils offrent le meilleur. C’est vrai qu’elle est amoureuse sa terre, comme on dit ! Elle colle méchamment à la botte mais le pois, le navet et l’ail jeune – l’aillet, une des spécialités du maraîcher – ne s’en plaignent pas. Ils sont à l’image de ce paysan qui présente ses cultures comme un compromis entre « ce qu’il aime faire, ce qu’il sait faire et les lois du marché », c’est-à-dire ce qui se calibre et se vend ! Car faire paysan n’est pas toujours facile. Lui écoule sa production dans le réseau Biocoop via la Cabso, la coopérative des agriculteurs bio du Sud-Ouest qu’il a contribué à créer, ou en direct dans les magasins Biocoop Pré Vert d’Agen et de Boé qu’il a également créés.

Retour à la source

Un parcours atypique au cours duquel il explorera différentes formes d’organisation du travail, de l’association à la SARL et pour finir à la coopérative, ce qui lui permet de dire en regardant le passé qu’il « n’aime pas tellement la hiérarchie et n’est pas fait pour être chef ».

Il y a 5 ans, ses magasins Biocoop sont en effet devenus des coopératives. Pierre l’hyperactif a passé le relais aux salariés pour un retour aux sources, l’agriculture « qui fait partie de son équilibre ». Depuis, il vit comme s’il avait fait vœu de cohérence maximale, attentif à la pleine conscience et à la beauté du monde, entre le souffle de Lanza del Vasto et de Khalil Gibran**.

* « Soyez résolus de ne servir plus, et vous voilà libres. » In Discours de la servitude volontaire, publié en 1576.

** Respectivement, philosophe italien (1901-1981), fondateur des communautés de l’Arche inspirées des ashrams de Gandhi, et poète et peintre libanais (1883-1931).

Retrouvez Pierre Kung et d’autres producteurs bio du Lot-et-Garonne dans le reportage sur la bio dans l’Agenais, paru dans CULTURE(S)BIO n° 88, offert par votre magasin Biocoop, dans la limite des stocks disponibles, ou à télécharger sur Biocoop.fr

© Pascale Solana – Biocoop