Culture(s) Bio n°82 : Sur les pas de Giono #3

LA BIO EN HAUTE-PROVENCE 

 

ÉTAPE 2 bis. L’interview de Philippe Girard

 

La suite de l’article sur la bio dans les Alpes-de-Haute-Provence paru dans CULTURE(S)BIO n° 82 (juillet-août 2015)*, rubrique Terroir et Territoire, est un entretien avec le maraîcher Philippe Girard, président du groupement agricole 100 % bio Solebio.

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Concrètement, qu’est ce que ça change pour vous, agriculteurs, d’avoir une section agricole dans Biocoop et une représentation dans son conseil d’administration depuis 2006 ?

Nous ne nous contentons pas de vendre des produits. Si on n’est pas d’accord, on peut le dire. On ne prend pas le risque de voir la porte se fermer devant notre production, on peut continuer à discuter. Nous avons notre mot à dire sur les décisions et nous participons. Par exemple, la section [qui rassemble les groupements sociétaires agricoles de Biocoop, NDLR] a travaillé sur le cahier des charges du commerce équitable Nord-Nord. Biocoop n’est pas seulement un client, c’est un vrai partenaire, ce qui le distingue des grossistes ou distributeurs traditionnels.

 

Vous voulez dire que les magasins et les exploitations agricoles, c’est pareil ?

Nous avons des problématiques différentes mais justement ! Nous sentons une écoute de la part des magasins, on avance avec le même objectif, en construisant un outil commercial ensemble et au travers duquel il y a une confiance réciproque.

 

Quel est cet objectif  commun ?

On a la même vision de la bio. Nous voulons une agriculture tenue par des gens et non dirigée par du capital. Une agriculture où l’homme a toute sa place.

 

Quel est le profil des agriculteurs de Solebio ?

C’est varié. Nous sommes 44, répartis dans le Sud-Est. Certains sur 40 hectares, d’autres 3, mais on a besoin les uns des autres. Solebio n’a pas retenu un statut coopératif. Sans doute parce que les agriculteurs sont traumatisés par le modèle coopératif agricole, l’histoire ayant montré comment ils avaient souvent été écartés des prises de décision et de leur outil. Mais notre projet reste collectif. Nous sommes transparents les uns avec les autres sur nos ventes. Nous avons un directeur, et pour ma part, en tant que président, c’est collectivement que j’appréhende les choix pour Solebio.

 

Quelle est la relation commerciale avec Biocoop ?

Biocoop n’est pas notre client exclusif. Chacun continue de vendre une part de ses récoltes dans d’autres circuits : grossistes, vente directe auprès de magasins Biocoop ou autres, Amap, marchés… Dans le réseau Biocoop, nos fruits et nos légumes sont identifiables grâce à la marque Ensemble, solidaire avec les producteurs. Chaque année, nous planifions tous ensemble les productions des campagnes suivantes. Chaque agriculteur s’engage sur tel ou tel autre fruit ou légume, sur des quantités, des dates. Une base de prix stables est établie. Tout ce travail a des répercussions au-delà de Biocoop.

 

Des répercussions au-delà de Biocoop : c’est-a-dire ?

Les agriculteurs qui travaillent dans d’autres circuits connaissent nos conditions, nos prix… Ça pose questions, ça donne des repères et l’idée que des relations commerciales de ce type, c’est possible !

 

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* Offert par votre magasin Biocoop, dans la mesure des stocks disponibles, et consultable sur www.biocoop.fr

 

Crédit photo : P.Solana-Biocoop