Culture(s) Bio n°82 : Sur les pas de Giono #1

La bio en Haute-Provence

 

Étape 1. Le plateau de Valensole

 

La suite de l’article sur la bio dans les Alpes-de-Haute-Provence paru dans CULTURE(S)BIO n° 82 (juillet-août 2015)*, rubrique Terroir et Territoire, nous mène sur l’exploitation de Geneviève Auric et de Laurent Bouvin, Les Oliviers de Notre-Dame.  

SAMSUNG CAMERA PICTURES

Quand Geneviève Auric déboule du haut de la colline à grandes enjambées, à la fois ancrée et aérienne, harnachée de son sécateur à pression, tandis que son gros chien Youpi caracole autour, on se dit que vraiment cette belle femme au regard bleu intense en impose. Autant que le chêne géant séculaire qui trône au milieu de ses 1 142 oliviers produisant en moyenne 15 tonnes d’olives par an. Au départ, ils ne se voyaient pas agriculteurs : Geneviève avec sa formation de sylviculture, et Laurent Bouvin formé à l’environnement et passionné d’oiseaux, comme en témoigne les nombreux nichoirs installés dans les arbres, sous la toiture, ici et là.  Et puis ainsi va la vie. En 1996, le couple reprend le domaine des parents de Geneviève, replante tout autrement, à sa façon, et finit par convertir en bio les 90 hectares de terre quelques années plus tard.

Aujourd’hui, on trouve quelques-uns de leurs produits dans des magasins Biocoop de la région, telle l’huile d’olive, et des boulangers font des pains avec la farine de leurs céréales.

 

Pas de labour, plus d’autonomie !

La caractéristique de leur approche réside dans un goût manifeste pour l’expérimentation.

Être au plus juste, au plus près des cycles de la nature qu’ils cherchent à perturber le moins possible. Exemple : « Nous ne labourons pas le sol de nos 6 hectares d’oliviers, plantés très espacés, 6 m X 8 m entre chaque pour éviter la concurrence et les maladies, explique l’arboricultrice. Entre les rangs, nous laissons pousser haut l’herbe, jusqu’en juin, puis nous passons une sorte de rouleau qui la couche et forme comme une litière qui enrichit le sol. En dessous de ses branches et autour de son tronc, l’arbre fait son ménage lui-même. » Cette année, Geneviève et Laurent, « toujours en train de réfléchir à un outil, une machine adaptée à notre besoin », confie sa compagne, ont testé l’apport de bois raméal fragmenté (BRF). Il s’agit d’un mélange de rameaux et de branches broyés et non compostés, technique venue du Canada qui permet de structurer le sol et de créer de l’humus. Les cultures reçoivent très peu d’engrais, même naturels. « Ces derniers favorisent les plantations mais ils stimulent aussi les mauvaises herbes. En minimisant au maximum les apports et interventions, nous cherchons à favoriser des déclenchements de vie naturellement. Nous faisons en sorte qu’une autorégulation s’opère. » Ainsi cette année, alors que la mouche de l’olivier a attaqué les oliveraies du secteur, celle de Geneviève et Laurent semble avoir été un peu plus épargnée. « Nous avons appliqué une préparation naturelle à base d’argile. La fine couche déposée sur le feuillage décontenance la mouche lorsqu’elle se pose. Se croyant au sol, elle s’attarde moins,  d’autant que les olives bio sont moins dodues que les conventionnelles, plus poussées ! » Logique, la bio !

Cette année, le non-labour entre les rangs sera aussi testé sur les 30 hectares de lavande et lavandin qui ont dû faire face en 2014 à l’invasion de la cicadelle, un insecte redoutable qui fait périr les plants odorants. Les deux agriculteurs continueront de travailler des variétés anciennes de céréales, comme le blé tendre Florence Aurore, parce que les variétés modernes sont adaptées aux besoins du conventionnel, pas à ceux des bio. Prenez les variétés d’orge par exemple. Vous observerez que les tiges sont de plus en plus courtes : moins de paille, moins  de risque de verse à cause d’un orage, plus de grains et de rentabilité. « Sauf qu’en bio, les plantes différemment nourries poussent plus lentement, explique Geneviève Auric. Leurs tiges sont plus costaudes, plus courtes ! Alors si vous semez des variétés déjà sélectionnées dans ce sens, ça va moins bien… »

Passer en bio, ne pas suivre la voie des anciens qui vous transmettent la terre n’a pas été simple, certes. Et a pris du temps. Mais avec le recul, Geneviève assure que le frein n° 1, c’est la peur. « Peur du changement. Comme pour des enfants parce qu’on se dit que s’ils sont malades, on n’a pas de médicament. Au final, ils ne le sont pas forcément ! Et l’on prend conscience que l’on peut se passer de médicaments. »  

 

Lire aussi les autres articles de la série :

 

* Offert par votre magasin Biocoop, dans la mesure des stocks disponibles, et consultable sur www.biocoop.fr

 

Crédit photo : P.Solana-Biocoop