Comment fonctionne un élevage de poules bio ?

CB88_P39-41_Terroir_Agen_Lalardy_Pascale_Solana_Biocoop

 

Damien Lalardy, éleveur à Saint-Pierre-de-Clairac (47), à l’ouest d’Agen, et président de Biogalline, groupement membre de la coopérative bio agricole Cabso, représentée au CA de Biocoop, nous dit tout.

Sur le volatile à qui il voue une tendre reconnaissance, il est incollable : « D’accord, elle a un petit cerveau d’oiseau, mais une poule, c’est intelligent, affirme-t-il ! À la façon de caqueter, elle vous fait comprendre ce qui se passe autour. Elle peut vous suivre comme un petit chien. » Ou vous taquiner, en profiter pour se faufiler par la porte de l’enclos entrouverte comme le fait l’une d’elles alors que l’éleveur essaie de la saisir dans ses bras pour la photo… C’est que ces bêtes-là sont en liberté tout au long de leur vie passée chez Damien Lalardy. 19 mois, avec pas tout à fait un œuf par jour. Ensuite ? Pas forcément le pot cher à Henri IV, originaire de Nérac, tout proche à vol d’oiseau. La tradition raconte en effet que not’ bon roi béarnais a souhaité que chaque laboureur de son royaume puisse mettre la poule au pot le dimanche. Reste que les poules à la retraite de Damien, une fois le job de pondeuse passé, on les retrouve ici et là. À Villeneuve-sur-Lot où la municipalité propose un gallinacé aux habitants ayant un jardin, pour l’œuf et pour le poids des poubelles qu’il faut baisser. Ou chez des collègues bio. Ainsi à Montpezat, à une quarantaine de kilomètres de là, dans les vergers de la famille Klockenbring qui a monté la conserverie artisanale Bioloclock, elles picorent librement, « ce qui réduit la pression parasitaire », explique, ravi, David Klockenbring.

Solidaires mais autonomes !

Les huit éleveurs régionaux de Biogalline ont entre 2 400 et 8 500 poules pour le plus gros. Comme chez Damien qui en élève 6 000, elles sont libres, vaquent à l’intérieur des bâtiments ou picorent dans l’herbe, dès le matin. Il n’y a pas plus de 3 000 poules par bâtiment de 500 m2, chacun étant bien séparé et distant de l’autre. Selon le règlement bio, le nombre de poules doit être proportionnel à une surface suffisamment grande et déterminée pour l’épandage des fientes (170 unités d’azote par hectare). Il est cependant permis d’épandre en partie chez un voisin. Mais depuis 2009, le texte est imprécis sur la séparation entre chaque bâtiment ou unité : distance comme chez Biogalline ou simple cloison ? Un détail qui ouvre la porte à la standardisation, voire à une rentabilité plus…, disons, soutenue ! D’autant que l’œuf bio a la cote actuellement. La France est le 2e producteur derrière l’Allemagne. Ainsi, une cloison ou un mur de séparation permet de gérer plusieurs unités de 500 m2 dans un même bâtiment et donc plusieurs fois 3 000 poules ! Pourquoi pas 32 550 que pourraient se répartir deux ou trois éleveurs sous contrats avec des groupes. « 32 550 poules, c’est le cheptel de nous tous 8 éleveurs réunis ! », explique Damien, favorable au développement d’une agriculture qui encourage la multiplication des fermes créatrices d’emplois sur place. Des fermes qui nourrissent les animaux avec leurs cultures majoritairement ou en tout cas avec des grains provenant de fermes bio situées dans un rayon de 20 à 30 km et où l’on prépare des rations « maison » ! Plus de traçabilité, plus de sécurité, moins de risques OGM aussi et une maîtrise de la production. Damien Lalardy y tient. Il ne veut pas être juste un producteur de matière première !

Jaune d’œuf

Évidemment, cette approche ne se voit pas sur la coquille de l’œuf. Pas plus que dans son jaune, même si très souvent le consommateur pense que l’intensité du jaune de l’œuf permet de savoir s’il est fermier ou industriel ! C’est la nourriture qui colore, surtout si elle est à base d’herbe et de maïs. Ou d’additif ! Chez Damien, le menu gallinacé, c’est blé, faverole, tournesol qu’il cultive. Toutes ses cultures sont orientées vers l’élevage. « La moitié du coût de production d’un œuf, c’est l’alimentation de la poule… Quand on a compris ça, on peut faire la différence entre un œuf bio et un œuf de poule en batterie, mode d’élevage qui reste encore dominant en France et dont les œufs se retrouvent très souvent dans les produits transformés. »

Retrouvez Damien Lalardy et d’autres producteurs bio du Lot-et-Garonne dans le reportage sur la bio dans l’Agenais, paru dans CULTURE(S)BIO n° 88, offert par votre magasin Biocoop, dans la limite des stocks disponibles, ou à télécharger sur Biocoop.fr

© Pascale Solana – Biocoop