À la découverte de la bio, dans Le Boulonnais, entre caps et marais

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Le maraîcher bio du Russolin 

Beuvrequen, Pas-de-Calais. Un petit village de la campagne boulonnaise, à mi-chemin entre la mer et l’autoroute qui dessert les stations balnéaires prisées d’Ambleteuse et Wimereux. « Le maraîcher bio du Russolin » y est bien fléché. Dans un virage, sur la brique blanche d’une longère, un grand panneau arborant des fruits et légumes colorés et un logo AB, un grand hangar, une maison tout en bois… C’est là !

Guillaume Douchet a 42 ans, un hectare et demi de terres en maraîchage, quelques dizaines de poules et pas de tracteur. « La majeure partie de mon terrain est en pente, je ne pourrais pas l’utiliser. » Alors il plante et récolte ses légumes à la main. Et comme c’est très humide – il y a la mer à quelques kilomètres et les marais encore plus près – il chausse ses bottes très fréquemment. Dès que la météo tourne à l’eau, la récolte se révèle boueuse. « Ici, ce sont des terres pour les pâturages, c’est très humide. On est un peu en cuvette, et il y a le marais de la Slack juste derrière, d’où sortent régulièrement des biches. Elles viennent se régaler dans mes champs. Mais que faire ? » Sur les betteraves blanches restées sur un champ en partie dévasté, on voit en effet de sacrées traces de dents…

Guillaume n’est pas en colère, il est assez fataliste : il fait avec ce que la nature donne et prend, et ne se verrait pas faire autrement. C’est pour ça qu’il a choisi la bio. Traiter, « chimiquer », encercler, empoisonner, ça ne lui viendrait même pas à l’idée ! Alors il fait avec tous ces aléas. « On peut très facilement perdre une récolte, vu qu’en bio on a peu de parades. En général, quand le problème se déclenche, il est déjà trop tard » Mais au bout du compte, il vit correctement de son activité. On le sent heureux, même si le bonhomme n’est pas très bavard.

Pas le temps

Son exploitation, voisine de la maison de ses parents, était déjà en bio lorsqu’il l’a reprise, il y a 23 ans. Le maraîcher d’alors avait des convictions qui semblaient farfelues à l’époque. Il vendait sa production sur les marchés mais ne gagnait pas vraiment sa vie. Guillaume lui a demandé un petit job, il a aimé cette vie et a fini par prendre la suite. Aujourd’hui, la structure tourne comme une horloge.

Il a de longues journées, bien fatigantes, même si, depuis que la bio a le vent en poupe, il n’a plus à se battre pour trouver des clients. Il n’a même pas le temps de se mettre sur Internet pour développer son activité. « J’aimerais bien avoir un blog ou une page, pour pouvoir raconter un peu du quotidien de mon travail à mes clients, mais je n’y arrive pas… » Il les voit le vendredi, jour de la vente directe mais il a peu de temps pour discuter. « C’est la journée la plus chargée, car on cueille les légumes le plus tard possible dans la semaine pour qu’ils soient le plus frais possible. En principe on ouvre à 17 h mais les clients arrivent toujours en avance. » L’été, les estivants également sont nombreux à vouloir profiter de bons légumes bio tout frais. Alors la boutique ouvre aussi le mardi !

Préoccupations

On y trouve les légumes juste cueillis, mais aussi quelques conserves et des soupes qui permettent de valoriser les surplus de production. « Ça dépanne bien les consommateurs. Je leur explique qu’ils n’achètent pas de l’eau avec quelques légumes : dans mes soupes, il y a surtout des légumes et un peu d’eau ! » Il vend aussi les œufs de ses poules et le jus de fruits de quelques collègues bio du coin. En plus de la vente directe à la ferme, il fait partie d’un groupement de vente de produits fermiers (pas tous en bio), livre le magasin Biocoop de Boulogne, quelques collègues et lycées du secteur… et la coopérative régionale Norabio, sociétaire de Biocoop.

Les affaires marchent. Mais au fond, Guillaume Douchet est préoccupé par la nature qui s’affole. Cet hiver bien trop doux, ces plantes qui ont refleuri contre toute attente en plein mois de janvier. « On sent de plus en plus que le climat change. Déjà qu’on doit faire avec de nombreux aléas. Désormais, on sait encore moins sur quel pied danser ! »

Retrouvez Guillaume Douchet et d’autres infos sur la bio dans le Boulonnais dans la rubrique Terroir et Territoire du n° 86 de CULTURE(S)BIO, le magazine de la consom’action offert par votre magasin Biocoop, dans la limite des stocks disponibles, ou à télécharger sur biocoop.fr